Témoignage du passé

Publié le par jeaninechevalier

Voici une lettre adressée en 1996 à M. le Maire d'Ayrens ( Jean Chanut ) par Marcel Chaussière, employé au Château de Clavières dans les années 1931-32 :

M.Chaussière Marcel
Le Breuil
18200 St Amand Montrond
Tél : 02 48 96 26 19
                                                                                   Le Breuil le 22 / 11 / 96

    M. le Maire,
  J'ai aujourd'hui quatre-vingts ans et vers les années 31-32, j'avais alors quinze ans et j'étais dans votre jolie commune, je travaillais dans une exploitation au Château de Clavières.
C'est une période que je n'oublierai jamais. Ce château a une beauté que bien des châteaux de la Loire pourraient lui envier.
Nous habitions le château, c'est-à-dire la cuisine et la salle à manger, deux pièces immenses. Dans la cheminée, il y avait une turbine que la chaleur faisait tourner et qui actionnait un tourne-broche formidable.  La salle à manger était d'une grandeur ! avec un parquet en mosaïque de toute beauté!
J'ai réussi, avant le désastre, à avoir une table que j'ai faite de ce joli parquet de chêne entièrement fait à la main.
Comme j'étais jeune, le dimanche, je parcourais le château : toutes les pièces m'étaient connues. La salle de danse qui donnait devant les escaliers... Les chambres, parmi elles, celle où Napoléon a couché... Les laboratoires des photographes du Duc. ..La Chapelle...Toutes les cheminées, mais à l'époque, les plus belles avaient déjà été emportées par les pirates qui avaient dévasté ce joli monument .
Que ne ferait pas faire l'argent ?
Il restait quelques statues dans le parc, des cascades, le tout entouré de murs. Quelle beauté à jamais disparue ! Quel gâchis !
L'exploitation forestière s'est faite par une scierie mobile avec une machine à vapeur. Il y avait des arbres de toutes essences, car le Duc était un amoureux de la nature. D'après les gens de l'époque, il ne fallait pas toucher à ses arbres ! Nous, on a tout saccagé, car le parc était vendu en entier par les immobiliers, les "Bernheim",  je crois ?
Une rangée de buis de 1 m 50 bordait l'allée qui conduisait au Château, ceci en plus de tous les tilleuls, hêtres, chênes, frênes, sycomores et d'autres espèces de tout genre.
Les bois étaient transportés par la maison Baldeyrou et M. Ladoux Pierre et M.Saint-Cernin.
Il y avait un hêtre dans le parc d'une grande beauté : il faisait 35 m au moins de haut et 2 m 80 de tour à hauteur d'homme, droit comme un I, il était surnommé : "La cane du Duc".
Le jour de son abattage, j'étais avec un camarade, un nommé Jean Granet. Nous coupions à l'époque avec un passe-partout, mais comme il y avait une ligne de 5000 watts qui passait près de l'arbre, il avait demandé à l'électricité de couper le courant. Le soir, l'électricien est passé et nous n'avions pas encore fini, mon camarade, qui était plus âgé que moi, a dit que cela ne craignait rien , qu'il pouvait remettre le courant. Il est parti à vélo au transformateur, mais malheureusement, quand l'arbre est fombé, une branche a coupé les fils !
Mon camarade m'a dit : "Ramasse les outils, je vais enlever les fils avant que le courant arrive..." . Au bout d'un moment, ne le voyant pas revenir, je suis allé voir : un spectacle affreux ! Il était couché sur un fil , il brûlait...je vais vous dire que le sol était plein d'eau. Je suis passé à travers les fils pour essayer de le tirer de là. A mon âge, je ne me rendais pas compte du danger, je l'ai pris par une épaule, plus précisément par la chemise, heureusement pour moi ! Je me rappelle plus mais je me suis trouvé à plusieurs mètres après avoir traversé les fils avec la peur au ventre ! J'ai prévenu d'autres ouvriers plus loin et j'ai demandé pour téléphoner que le courant soit coupé. Ce sont de tristes souvenirs, c'est la vie !
Je me souviens également qu'un habitant de la commune ayant un différend avec la gendarmerie s'était barricadé dans sa maison plutôt que de se rendre et avait avalé un flacon de taupicine.
Aujourd'hui, j'habite une petite sous-préfecture du Cher, St Amand Montrond où j'ai pris ma retraite.
Je suis président des donneus de sang, mais je vais laisser la place à la nouvelle génération.
Si je suis toujours en vie l'année prochaine, je serais content de revoir ce joli paysage...De plus, mon instituteur, M. Lachain, était originaire d'Ayrens.
S'il vous est possible de m'avoir une carte postale du château, cela me fera plaisir.
Si par hasard vous passez sur St Amand , prévenez-moi, ma maison vous sera ouverte.
Recevez Monsieur le Maire mes sincères salutations.  

Publié dans chateauclavieres

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